
À propos de l’auteur
Alexandre Mussa
Auditeur Energétique
Élève à l’ENOV en Mastère TED
L’éolien en mer change d’échelle en France. Le pays n’a inauguré son premier parc qu’en 2022, au large de Saint-Nazaire, mais l’État a lancé en 2026 son dixième appel d’offres, l’AO10, qui prévoit à lui seul 10 GW de capacités supplémentaires. Ces appels d’offres éolien en mer doivent porter la filière à 45 GW installés en 2050, un jalon central de la programmation énergétique nationale. Comment fonctionne une éolienne offshore, combien coûte l’électricité qu’elle produit et où en est réellement la France par rapport à ses voisins ? Tour d’horizon d’une énergie renouvelable devenue stratégique.
Sommaire de l’article :
- L’éolien en mer, comment ça marche ?
- Du vent à l’électricité : le principe de l’éolien offshore
- Éolien posé ou éolien flottant : deux technologies, deux profondeurs
- Pourquoi l’éolien en mer produit plus que l’éolien terrestre
- Des contraintes techniques renforcées par le milieu marin
- Quel impact de l’éolien en mer sur la biodiversité ?
- Les conflits d’usage avec la pêche et les acteurs du littoral
- Combien coûte l’électricité produite par l’éolien en mer ?
- Où en est la France dans l’éolien en mer ?
- Les objectifs de la France : 45 GW d’éolien en mer en 2050
- Des appels d’offres éolien en mer, de l’AO1 à l’AO10
- L’éolien en mer, futur pilier du mix énergétique français ?
L’éolien en mer, comment ça marche ?
Avant d’entrer dans le détail des appels d’offres, un rappel utile : une éolienne en mer ne produit pas l’électricité autrement qu’une éolienne terrestre. Ce sont son environnement, son mode d’ancrage et sa logistique qui changent tout.

Du vent à l’électricité : le principe de l’éolien offshore
L’éolien en mer, ou éolien offshore, fonctionne sur le même principe que l’éolien terrestre, dit éolien onshore : la force du vent sur les pales de l’éolienne fait tourner un alternateur, qui produit de l’électricité en courant alternatif. La chaîne énergétique éolienne est donc identique d’un bout à l’autre. La différence tient au milieu dans lequel la machine est implantée.
Éolien posé ou éolien flottant : deux technologies, deux profondeurs
Il existe deux grandes familles d’éoliennes offshore. Les éoliennes posées sont fixées au fond marin par une fondation, ce qui limite leur implantation à des profondeurs d’environ 60 mètres. Les éoliennes flottantes reposent sur un flotteur maintenu en position par un système d’ancrage : elles peuvent être installées jusqu’à 200 mètres de profondeur, et donc beaucoup plus loin des côtes.
Pourquoi l’éolien en mer produit plus que l’éolien terrestre
Les éoliennes en mer présentent un intérêt majeur sur leurs homologues terrestres : elles bénéficient de vents plus fréquents, plus puissants et plus réguliers. En Atlantique Nord, le vent au large est supérieur de 70 % à celui mesuré sur terre, ce qui accroît directement leur efficacité. Les machines offshore construites aujourd’hui produisent ainsi 3 fois plus d’énergie que les éoliennes installées à terre, comme le montre le bilan du secteur éolien en France.
Les parcs offshore subissent également moins de contraintes foncières. Il devient possible d’optimiser l’espacement entre les machines tout en construisant des parcs de plus grande taille, ce qui améliore le rendement global de la zone exploitée.
Des contraintes techniques renforcées par le milieu marin
Les principales limites de l’éolien en mer tiennent aux technologies et aux infrastructures nécessaires à son installation comme à sa maintenance. En mer, les vents violents et l’eau salée accélèrent le vieillissement des installations. La maintenance est plus complexe qu’à terre et exige des navires spécialisés, dont la disponibilité conditionne les interventions. Le temps de développement d’un parc offshore est lui aussi plus long que celui d’un parc terrestre.
Quel impact de l’éolien en mer sur la biodiversité ?
Aux limites techniques s’ajoutent des problématiques environnementales. La turbidité et le bruit générés lors de l’installation font fuir certains mammifères marins. Le champ électromagnétique induit par les courants qui circulent dans les câbles sous-marins peut par ailleurs perturber certaines espèces.
Il reste cependant difficile d’évaluer l’impact réel des éoliennes sur la faune marine, car il s’agit d’une technologie très récente. On observe aussi un effet inverse : la base de l’éolienne peut jouer le rôle de récif artificiel et créer de l’habitat, ce qui réduit d’autant l’impact négatif de l’installation.
Les conflits d’usage avec la pêche et les acteurs du littoral
Une dernière limite concerne les conflits d’usage entre les différents acteurs de la mer. Les pêcheurs voient parfois leur zone de pêche restreinte par l’implantation d’un parc. Cette limitation peut néanmoins faire office de zone refuge : certaines espèces se reconstituent à l’intérieur des parcs éoliens, où la pression de pêche diminue.
Combien coûte l’électricité produite par l’éolien en mer ?
La question du coût est au cœur des appels d’offres : c’est elle qui détermine le tarif auquel l’électricité produite sera achetée, et donc la soutenabilité de la filière. L’éolien en mer part avec un handicap à l’investissement, mais le rattrape en partie à la production.

Un investissement et une exploitation plus chers qu’à terre
Le coût du MW installé en éolien offshore est environ 3 fois supérieur à celui de l’éolien terrestre. Dans le détail, l’installation représente 1 à 2 M€/MW à terre, contre 2,5 à 4,5 M€/MW en offshore posé et 4 à 6 M€/MW en offshore flottant. Les coûts de fonctionnement suivent la même hiérarchie : 20 à 50 k€/MW/an à terre, 80 à 150 k€/MW/an en posé, 100 à 200 k€/MW/an en flottant.
Un facteur de charge qui compense en partie le surcoût
En mer, chaque MW installé travaille davantage. Le facteur de charge atteint 35 à 50 % en offshore posé et 40 à 55 % visés en flottant, contre 20 à 30 % pour l’éolien terrestre. Concrètement, 1 MW installé produit 3 à 4,4 GWh par an en posé et 3,5 à 4,8 GWh par an en flottant, contre 1,8 à 2,6 GWh par an à terre. La durée de vie des équipements est également plus longue : 25 à 35 ans en mer, contre 20 à 25 ans à terre.
Un coût final 1,5 à 2 fois supérieur, mais compétitif
En prenant en compte la durée de vie des équipements, leur maintenance ainsi que leur facteur de charge, le coût moyen final de l’éolien offshore ressort environ 1,5 à 2 fois supérieur à celui de l’éolien terrestre : 70 à 110 €/MWh en posé et 85 à 150 €/MWh en flottant, contre 40 à 70 €/MWh à terre.
La forte capacité de production de l’éolien offshore et son caractère moins intermittent que l’éolien terrestre le rendent malgré tout compétitif. Dans les décennies à venir, ces technologies vont gagner en maturité, ce qui fera baisser leurs coûts d’installation et de fonctionnement.
Où en est la France dans l’éolien en mer ?
La France dispose d’un atout géographique évident : ses façades maritimes sont exposées aux vents venant de l’Atlantique. Elle a pourtant connu un démarrage tardif dans le développement de l’éolien offshore, en n’inaugurant son premier parc qu’en 2022, à Saint-Nazaire.
En 2026, seulement 2 GW sont installés. Cela représente environ 1 % de la puissance électrique installée en France, et 5 % de la puissance d’éolien offshore installée en Europe, leader mondiale dans ce domaine. Le lancement de plusieurs appels d’offres sur les énergies renouvelables ces dernières années vise précisément à rattraper ce retard.
Les objectifs de la France : 45 GW d’éolien en mer en 2050
Le rythme de déploiement n’est pas laissé à l’appréciation des industriels : il découle de documents de planification qui fixent, secteur par secteur, la trajectoire énergétique du pays.
Afin de poursuivre le développement de l’éolien en mer tel que défini par la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) 2026-2035 et la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), l’État lance de nouveaux appels d’offres pour atteindre 3,6 GW en 2030, 18 GW en 2037 et 45 GW en 2050. En production, l’éolien offshore devrait fournir 14 TWh d’électricité d’ici 2030 et 70 TWh d’ici 2035.
Sur les 45 GW visés à horizon 2050, 10,4 GW sont déjà en développement ou identifiés : 4,6 GW de capacités installées et attribuées, 3,3 GW en cours d’attribution et 2,5 GW d’extensions identifiées. Les 34,6 GW restants doivent être identifiés lors du débat public, dont 15,5 GW à attribuer dans les dix prochaines années et 19,1 GW à mettre en service à horizon 2050.
L’éolien offshore représente un gisement important dans l’objectif de transition énergétique de la France : il pourrait couvrir environ 20 % de la production électrique française en 2050. C’est l’un des leviers avancés par les scénarios de production électrique 100 % renouvelable pour se passer progressivement des énergies fossiles.
Des appels d’offres éolien en mer, de l’AO1 à l’AO10
Depuis 2011, l’État attribue les zones et les volumes de production par appels d’offres successifs, numérotés AO1, AO2, et ainsi de suite. Leur logique a nettement changé au fil des années.

2011-2024 : neuf appels d’offres pour amorcer la filière
Une première vague d’appels d’offres, de l’AO1 en 2011 à l’AO9 en 2024, a constitué une phase de développement. Ces appels d’offres portaient sur des projets isolés, avec des technologies encore en développement et un système administratif pas encore au point sur la question. Ils ont eu le mérite de faire émerger un certain nombre de problématiques et d’ouvrir le dialogue entre les différents acteurs concernés.
À partir de 2026 : l’AO10 marque l’accélération industrielle
Le nouvel appel d’offres lancé en 2026, l’AO10, constitue un véritable tournant dans le déploiement de l’éolien offshore en France. Il repose sur une vision multisite, couvrant toutes les façades maritimes de l’hexagone, et sur un rythme de déploiement calé sur les objectifs de la PPE. Il prévoit l’installation de 10 GW supplémentaires, soit l’équivalent de la puissance totale attribuée par les neuf premiers appels d’offres, dont environ 50 % en posé et 50 % en flottant.
Les sites concernés s’étendent de la Manche à la Méditerranée : Fécamp Grand Large, Bretagne Nord Ouest, Bretagne Sud 2, Oléron 1, Narbonnaise 2, Golfe du Lion Centre et Golfe de Fos 2, pour des mises en service échelonnées entre 2034 et 2037.
Les chiffres clés de l’AO10
- Volume : 10 GW supplémentaires, environ 50 % posé et 50 % flottant
- Tarif d’attribution visé : moins de 100 €/MWh
- Coût : 20 à 40 Md€
- Emplois : 3 500 créations attendues, pour un objectif de 20 000 d’ici 2035
- Principale limite : une technologie flottante encore immature
La planification se réfléchit désormais à l’échelle nationale. L’augmentation des volumes installés devrait permettre de réduire les coûts d’installation, tout en donnant aux industriels une visibilité à plus long terme. L’État considère aujourd’hui l’éolien offshore comme stratégique pour sa souveraineté énergétique et pour la décarbonation de son mix électrique.
L’éolien en mer, futur pilier du mix énergétique français ?
L’éolien en mer est considéré comme un futur pilier du mix énergétique français et européen. Les nouveaux appels d’offres éolien en mer lancés par l’État marquent une accélération vers son déploiement à grande échelle, malgré un coût encore élevé.
D’importants défis restent à relever pour y parvenir :
- Économiques : matières premières, coûts d’installation et de maintenance
- Techniques : maintenance en mer, technologie flottante encore en phase de maturité
- Sociétaux : acceptabilité par les différents acteurs du littoral
Ces défis expliquent la demande croissante de profils capables de piloter des projets d’énergies renouvelables, du développement à l’exploitation. Pour découvrir ces métiers d’avenir de la transition énergétique, l’ENOV propose des formations dans l’énergie ainsi qu’un Mastère Transition Énergétique et Digitale des Bâtiments.
