Toiture végétalisée : solution ou greenwashing ?

La toiture végétalisée est une technique de couverture de plus en plus prisée, intégrant directement de la végétation vivante, comme des plantes, des herbes ou même des arbustes, sur les toits de nos bâtiments. Sur le papier, cette innovation architecturale semble être la solution idéale : elle permettrait d’allier une meilleure isolation tout en recréant…

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Élève à l’ENOV en Mastère TED

À propos de l’auteur
Saad El Briak
Chargé de projet – Groupe AC Environnement
Élève à l’ENOV en Mastère TED

La toiture végétalisée est une technique de couverture de plus en plus prisée, intégrant directement de la végétation vivante, comme des plantes, des herbes ou même des arbustes, sur les toits de nos bâtiments. Sur le papier, cette innovation architecturale semble être la solution idéale : elle permettrait d’allier une meilleure isolation tout en recréant des îlots de verdure essentiels dans nos zones urbaines et commerciales souvent très bétonnées.

Face à l’urgence climatique, de nombreux promoteurs et entreprises s’en emparent d’ailleurs pour afficher publiquement leur participation à la transition énergétique.
Cependant, derrière cette séduisante promesse écoresponsable, s’agit-il d’une véritable avancée écologique durable ou simplement d’une habile stratégie de greenwashing destinée à redorer leur image ?

Sommaire de l’article :

Qu’est-ce qu’une toiture végétalisée ?

Pour bien comprendre les enjeux, il est essentiel de différencier les installations existantes. Il existe en effet trois grands types de toitures végétalisées, chacune ayant ses propres spécificités :

  • Extensive : Le choix de végétation y est limité, mais elle ne demande que très peu d’entretien. Son coût est peu élevé. On estime que son temps d’installation est de 2 à 4 jours pour une surface d’environ 200 m². Son poids est de 80 à 150 kg/m².
  • Intensive : Elle offre un choix très large de végétation, mais demande beaucoup d’entretien. Son coût est plutôt élevé. On estime que son temps d’installation* est de 1 à 2 semaines pour une surface d’environ 200 m². Son poids est de 300 à 600 kg/m².
  • Semi-intensive : Elle propose un choix large de végétation et demande moins d’entretien que la toiture intensive. Son coût est moyennement élevé. On estime que son temps d’installation est de 4 à 6 jours pour une surface d’environ 200 m². Son poids est de 150 à 300 kg/m².

Le temps d’installation varie en fonction des ressources humaines allouées au chantier et de la taille de celui-ci.

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L’entretien et le développement du marché

Les travaux d’entretien d’une toiture végétalisée consistent généralement à : arroser les plantations, remplacer les végétaux qui ne se sont pas bien développés, maintenir le substrat humide, arracher les mauvaises herbes, ou encore entretenir l’étanchéité de la toiture (une opération plus rare).

La demande pour ces installations est d’ailleurs en forte croissance. Quelques chiffres pour illustrer cette tendance : « En 2021, en France, 1,6 million de mètres carrés de toitures ou de terrasses ont été végétalisés » (source : actu-environnement.com). Cela représente une augmentation d’environ 15 % en 5 ans.

Les bénéfices de la toiture végétalisée

Au-delà de l’aspect esthétique, pourquoi un tel engouement pour les toits verts ?

La toiture végétalisée est écologique et permet d’améliorer la qualité de l’air de tout son environnement. Elle permet effectivement de créer des écosystèmes en favorisant la faune et la flore, notamment dans des environnements très urbanisés, voire pollués, comme la ville de Paris.

De plus, cette dernière permet de réguler l’écoulement de l’eau de pluie. Cela peut être très utile dans des environnements pluvieux ou bien à risque d’inondation, comme la ville d’Amsterdam aux Pays-Bas. Également, elle peut être très esthétique et demande peu d’entretien si l’on choisit une toiture extensive.

Enfin, elle permet de réduire les pics de température au sein d’un bâtiment lorsqu’il y a des chaleurs importantes à l’extérieur.

Qu’est-ce que le greenwashing ?

Cependant, face à ces bénéfices séduisants, il convient de rester vigilant face aux dérives marketing.

Le greenwashing (ou écoblanchiment) est une méthode de marketing qui consiste à communiquer en mettant en avant un argumentaire écologique, mais de façon trompeuse. Cette technique est souvent utilisée par les marques pour améliorer leur image ou bien pour toucher un autre public, sans réel fondement environnemental.

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Peut-on alors parler de greenwashing pour les toits verts ?

C’est la question centrale : l’installation d’un toit végétalisé est-elle toujours une démarche sincère ?

Certaines entreprises ou certains lieux culturels peuvent mettre l’accent sur la création de surfaces végétalisées pour renforcer l’idée qu’ils sont des acteurs soucieux de l’environnement.

Le paradoxe du bilan carbone

Nous pouvons reprendre l’exemple du musée du Quai Branly. La façade a été conçue avec 376 espèces du monde entier, comme des plantes du Maroc, d’Afrique du Sud, ou encore du Chili. Cependant, transporter des espèces venues du monde entier émet du CO2. Finalement, la démarche de végétaliser une façade avec des plantes exotiques n’est pas si écologique que ça.

L’efficacité isolante en question

Par ailleurs, nous pouvons nous interroger sur l’efficacité isolante de la toiture végétalisée. Voici un comparatif des résistances thermiques de différents isolants traditionnels :

  • La toiture végétalisée : 0,15 à 0,25 m².K/W
  • La laine de verre : 2,5 à 3,1 m².K/W
  • L’ouate de cellulose : 2,4 à 2,6 m².K/W
  • La fibre de bois : 2,0 à 2,6 m².K/W
  • La mousse minérale : 1,7 à 2,5 m².K/W

On observe alors que la toiture végétalisée, à elle seule, est nettement moins performante thermiquement.

De plus, le poids des toitures varie en fonction du type de végétalisation choisi. Une végétalisation intensive sera très lourde (supérieure à 600 kg/m²). Par conséquent, ce type d’installation n’est réalisable que sur un échantillon réduit de structures capables de supporter une telle charge.

Ce qu’il faut retenir

Nous voyons alors que la toiture végétalisée peut être une excellente solution pour la transition énergétique et l’isolation d’une structure, à condition qu’un bâtiment ait la capacité de l’accueillir et qu’une isolation performante soit déjà présente.

En revanche, elle ne remplace en aucun cas un véritable isolant. Présentée comme l’unique solution écologique d’un bâtiment, elle peut ainsi, à juste titre, être perçue comme du greenwashing.