
À propos de l’auteur
Mamoudou Kassé
Energy Manager Auchan Retail
Élève à l’ENOV en Mastère TED
Adopté en juillet 2020 puis renforcé en avril 2023, le décret BACS marque une étape décisive dans la transformation du parc immobilier tertiaire français. En imposant l’installation de systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments, ce texte réglementaire représente bien plus qu’une simple obligation. Il incarne une véritable révolution dans notre approche de la gestion énergétique des bâtiments.
Dans cet article, nous verrons en quoi le décret BACS représente un tournant majeur pour la digitalisation et la performance énergétique des bâtiments tertiaires, et où en est aujourd’hui son déploiement en France.
Sommaire de l’article :
- Comprendre le décret BACS : un cadre pour les bâtiments intelligents
- Le décret BACS : un levier fort pour la performance énergétique des bâtiments
- Décret BACS et digitalisation : vers le smart building
- Décret BACS : où en est le déploiement en France ?
- Conclusion : Le décret BACS, une opportunité à saisir pour un bâtiment plus intelligent
Comprendre le décret BACS : un cadre pour les bâtiments intelligents
Les BACS (Building Automation and Control System), ou systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments, assurent le pilotage des installations techniques et permettent d’optimiser rapidement la consommation énergétique à un coût maîtrisé.
Le décret BACS rend obligatoire l’installation d’un système d’automatisation et de contrôle des bâtiments depuis le 1er janvier 2025 pour l’ensemble des bâtiments tertiaires non résidentiels dont les équipements de chauffage ou de climatisation, associés ou non à un système de ventilation, présentent une puissance nominale supérieure à 290 kW.

Pour les installations d’une puissance comprise entre 70 et 290 kW, cette obligation s’appliquera à partir du 1er janvier 2027. (Décret n° 2023-259 du 7 avril 2023 relatif aux systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments tertiaires, 2023)
Pour atteindre ces objectifs, le décret BACS impose aux bâtiments tertiaires de :
- surveiller, enregistrer et analyser en continu leurs données de consommation énergétique ;
- adapter en temps réel le fonctionnement des systèmes techniques en fonction des besoins réels ;
- détecter et corriger les anomalies avant qu’elles ne génèrent une surconsommation ou des coûts de maintenance supplémentaires. (Appliquer le décret BACS aux bâtiments tertiaires et industriels, sans date)
Au-delà de ses exigences réglementaires, le décret BACS constitue également un levier puissant pour améliorer concrètement la performance énergétique des bâtiments.
Le décret BACS : un levier fort pour la performance énergétique des bâtiments
Réduction mesurable de la consommation énergétique
Le décret BACS s’inscrit dans la stratégie nationale bas carbone en contribuant à l’objectif visant d’atteindre la neutralité carbone en 2050.
L’argument le plus direct en faveur du décret BACS est son impact mesurable sur la consommation énergétique des bâtiments. Un bâtiment non régulé ou mal régulé est souvent très énergivore, même s’il est bien isolé. Le système BACS agit comme un pilote automatique intelligent qui optimise en continu les systèmes techniques.
Avant le BACS, la gestion de la température, l’éclairage ou la ventilation reposait souvent sur des programmations basiques et des interventions manuelles qui sont sources de gaspillage. Le système BACS, grâce à des capteurs et des automates, ajuste dynamiquement les consommations en fonction des besoins réels.
Cette capacité d’optimisation prend encore plus de sens lorsqu’on considère l’articulation du décret BACS avec les autres réglementations en vigueur.

Complémentarité entre décret BACS et décret tertiaire
Le décret BACS et le décret tertiaire forment un duo stratégique indissociable. Si le décret tertiaire fixe des objectifs de réduction de consommation énergétique (-40% d’ici 2030, -50% d’ici 2040), le décret BACS fournit les outils opérationnels pour les atteindre.
Cette complémentarité transforme une obligation de résultat en une feuille de route actionnable. Alors que le décret tertiaire exige de mesurer les consommations via la plateforme OPERAT, le BACS permet de les piloter activement.
L’approche du BACS par la puissance installée, plutôt que par la surface seule, cible les bâtiments les plus énergivores. Par exemple :
- Pour les bureaux standards (50-100 W/m²), le décret BACS s’applique dès 2 900 à 5 800 m²
- Pour les hôtels et établissements de santé (150-250 W/m²), entre 1 200 et 1 900 m²
- Pour les commerces et supermarchés (200-300 W/m²), seulement 1 000 à 1 450 m² suffisent
Au-delà de la performance énergétique stricto sensu, le décret BACS engage les bâtiments dans une transformation numérique plus profonde.
Décret BACS et digitalisation : vers le smart building
Le décret BACS catalyse la transformation numérique des bâtiments, les faisant évoluer d’enveloppes statiques vers des écosystèmes dynamiques et connectés. Un système BACS moderne ne se contente pas d’exécuter des ordres. Il collecte et analyse des données pour anticiper les besoins et optimiser les performances. Cette évolution vers le « smart building » représente un saut qualitatif majeur.
L’exemple le plus parlant : la maintenance préventive
Grâce à la collecte de données de fonctionnement, le système anticipe les défaillances et prévient les arrêts d’équipement.
Selon Deloitte, cette approche permet de réduire jusqu’à 25% les temps d’arrêt des équipements tout en générant des économies sur les coûts de maintenance.
Mais si les bénéfices du décret BACS sont nombreux, encore faut-il que son déploiement soit effectif. Or, la réalité du terrain révèle un tableau plus nuancé.
Décret BACS : où en est le déploiement en France ?
État des lieux du déploiement du décret BACS
À l’approche de l’échéance de janvier 2027, le déploiement des systèmes BACS révèle une situation contrastée. Selon l’Observatoire national du déploiement des BACS, seulement 16% des sites concernés en France sont équipés en 2025, soit une progression d’à peine 1% par rapport à 2024. Si le rythme actuel se maintient, seuls 18% des sites seraient équipés en 2027, bien loin de l’objectif de 100% fixé par le décret BACS pour les installations de plus de 70 kW.
Ce retard d’installation n’est pas le seul obstacle : la question de l’exploitation effective des systèmes déjà en place se pose avec tout autant d’acuité.

Le défi de l’exploitation effective des systèmes BACS
En 2024, 45% des systèmes BACS installés n’étaient pas exploités. Ce dysfonctionnement s’explique principalement par :
- L’absence d’organisation dédiée
- Le manque de maintenance adaptée
- La pénurie de compétences techniques
Ce constat n’est pas nouveau, dès 2015, l’ADEME indiquait que 70% des BACS n’étaient pas correctement utilisés, exploités, optimisés. Face à ce double constat — retard d’installation et sous-exploitation —, il devient urgent de changer de rythme.
Une accélération nécessaire pour le déploiement BACS
Face à ce double défi — retard d’installation et sous-exploitation des systèmes BACS —, une mobilisation urgente de toute la filière s’impose. L’enjeu dépasse la simple conformité réglementaire ; il s’agit de saisir l’opportunité des économies d’énergie substantielles que permettraient des systèmes BACS correctement déployés et exploités.
Conclusion : Le décret BACS, une opportunité à saisir pour un bâtiment plus intelligent
Le décret BACS marque une étape clé vers des bâtiments intelligents et performants. En reliant efficacité énergétique et digitalisation des bâtiments, il transforme la gestion des bâtiments en un pilotage basé sur la donnée et l’optimisation continue.
Sa réussite dépendra de la bonne exploitation des systèmes installés et de la mobilisation des acteurs du secteur.
Plus qu’une obligation, le décret BACS représente une véritable opportunité pour accélérer la transition énergétique et numérique du parc tertiaire français.
