
À propos de l’auteur
Mourad Ben-Mokhtar
Chef de projet en rénovation énergétique chez Spineway
Élève à l’ENOV en Mastère TED
Face à l’urgence climatique, une question centrale se pose : la prise de conscience mondiale suffit-elle à inverser la trajectoire de nos consommations énergétiques ?
Si les politiques publiques et les investissements dans les énergies renouvelables se multiplient, la réalité reste plus contrastée. En 2024, la consommation mondiale d’énergie a encore progressé de +2,2 %, atteignant un niveau record.
Cette hausse est largement portée par les énergies fossiles, qui représentent toujours plus de 50 % de la consommation mondiale.
Un paradoxe s’installe : plus les économies se développent, plus les besoins énergétiques augmentent, alimentant un cercle difficile à briser entre croissance, consommation et émissions de gaz à effet de serre.
Sommaire de l’article :
Quelle utilisation de l’énergie dans le monde ?
Depuis le début de la révolution industrielle au XVIIIᵉ siècle, la consommation mondiale d’énergie a connu une croissance spectaculaire, estimée entre +5000 % et +7000 %.
Cette explosion s’explique par l’industrialisation, la mondialisation et l’élévation du niveau de vie.
Aujourd’hui, la consommation mondiale atteint environ 620 exajoules, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Nos sociétés sont désormais plus électrifiées, plus connectées et plus mobiles, ce qui renforce leur dépendance énergétique.
Malgré le développement des énergies renouvelables, les énergies fossiles restent dominantes. Cette dépendance structurelle rend la transition énergétique complexe, d’autant plus que la demande continue de croître, notamment dans les économies en développement.

Impact de la consommation énergétique sur le réchauffement climatique
Le lien entre consommation d’énergie et réchauffement climatique est direct. En 2023, le mix énergétique mondial reposait encore majoritairement sur les énergies fossiles :
- pétrole : 31 %
- charbon : 26 %
- gaz naturel : 23 %
À elles seules, ces sources représentent près de 80 % du mix énergétique mondial. Les énergies bas carbone, bien qu’en progression, restent minoritaires.
Chaque augmentation de la consommation énergétique se traduit donc mécaniquement par une hausse des émissions de CO₂. Le système énergétique mondial reste fortement carboné, ce qui ralentit les efforts de décarbonation.
Les mauvaises habitudes héritées de la course à la consommation
Entre 1973 et 2021, la consommation mondiale d’énergie a augmenté de 92 %. Cette croissance s’explique par deux dynamiques complémentaires.
D’un côté, les pays développés maintiennent un niveau de consommation élevé pour soutenir leur économie et leur niveau de vie. Leur transition énergétique est engagée, mais elle nécessite des investissements massifs et du temps pour transformer les infrastructures existantes.
De l’autre, les pays émergents connaissent une forte croissance de la demande énergétique. Urbanisation, industrialisation et croissance démographique entraînent une hausse rapide des besoins. Faute d’alternatives accessibles, ces pays s’appuient encore largement sur les énergies fossiles.
Ce déséquilibre mondial complique la transition : les besoins de développement sont légitimes, mais les trajectoires actuelles restent incompatibles avec les objectifs climatiques.
Les prévisions d’évolution de la consommation dans le monde
À court et moyen terme, la demande énergétique mondiale devrait continuer à croître. L’électrification des usages (mobilité, industrie, numérique) va mécaniquement augmenter les besoins en électricité.
Même dans un scénario de transition accélérée, la baisse des consommations globales reste incertaine. La question n’est donc plus uniquement de consommer moins, mais de consommer autrement, avec une énergie moins carbonée.
Cela suppose une transformation profonde des systèmes énergétiques, mais aussi des modes de production et de consommation.

Limites des moyens naturels de lutte contre le réchauffement climatique
Les puits naturels de carbone, longtemps considérés comme des alliés, montrent aujourd’hui leurs limites.
La forêt amazonienne, qui absorbait environ 450 millions de tonnes de CO₂ par an, a perdu une partie de cette capacité. Déforestation, incendies et changement climatique réduisent son rôle, au point qu’elle pourrait devenir une source nette d’émissions.
Les océans, qui absorbent environ 25 % des émissions mondiales de CO₂, sont eux aussi sous pression. Leur saturation entraîne une acidification des eaux, perturbant les écosystèmes marins et fragilisant la biodiversité.
Ces évolutions montrent que les mécanismes naturels ne suffisent plus à compenser les émissions humaines. La réduction à la source devient indispensable.
Les mesures engagées et leurs limites
Les politiques climatiques se renforcent à l’échelle mondiale : développement des énergies renouvelables, réglementation des émissions, incitations à la sobriété énergétique.
Cependant, ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur du défi. La dépendance aux énergies fossiles demeure forte, notamment pour des raisons économiques et géopolitiques.
Les tensions internationales, les crises énergétiques et les divergences d’intérêts entre pays ralentissent la coopération. Certains États privilégient encore la sécurité énergétique ou la croissance économique au détriment des engagements climatiques.
Politiques climatiques et enjeux géopolitiques
La transition énergétique est aussi une question de rapport de force international. L’accès aux ressources, la maîtrise des technologies et les enjeux de souveraineté influencent fortement les décisions politiques.
Les pays ne partent pas du même point : certains disposent de ressources renouvelables abondantes, d’autres restent dépendants des énergies fossiles pour leur développement.
Sans coordination internationale, les efforts restent fragmentés. La transition nécessite une vision globale, capable d’articuler enjeux climatiques, économiques et sociaux.
Malgré une prise de conscience croissante, la consommation énergétique mondiale continue d’augmenter, atteignant un record de 633 exajoules en 2024. Cette trajectoire montre que la transition énergétique est engagée, mais encore insuffisante.
Réduire la consommation d’énergie ne dépend pas uniquement des technologies. Cela implique de repenser nos modèles de croissance, nos usages et nos priorités. Comme l’a rappelé António Guterres : « Nous sommes sur une autoroute vers l’enfer climatique. »
La question n’est plus de savoir si nous devons changer de cap, mais à quelle vitesse nous sommes capables de le faire.
