Souveraineté énergétique : un enjeu clé de la transition énergétique ?

La souveraineté énergétique revient au premier plan du débat public dès que les prix de l’énergie s’envolent. Pourtant, elle est souvent confondue avec la transition énergétique, alors que les deux notions ne se recouvrent pas exactement. En effet, un pays peut maîtriser sa production d’énergie sans être décarboné, et inversement.

Pylônes électriques symbolisant la souveraineté énergétique de la France
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À propos de l’auteur
Robin Liron
Energy Manager chez BUT – Conforama
Élève à l’ENOV en Mastère TED

La souveraineté énergétique revient au premier plan du débat public dès que les prix de l’énergie s’envolent. Pourtant, elle est souvent confondue avec la transition énergétique, alors que les deux notions ne se recouvrent pas exactement. En effet, un pays peut maîtriser sa production d’énergie sans être décarboné, et inversement.

Afin de comprendre les enjeux de transition et de souveraineté énergétique, il est donc important de définir ces principes pour en comprendre le lien qui les unit. Cet article revient ainsi sur la définition de la souveraineté énergétique, sur les raisons qui en font un enjeu stratégique pour les États, puis sur les limites de cette autonomie.

Sommaire de l’article :

Qu’est-ce que la souveraineté énergétique ?

Avant d’aborder les enjeux géopolitiques, il convient de clarifier le vocabulaire. La souveraineté est d’abord un concept juridique ; elle prend un sens particulier lorsqu’on l’applique au domaine de l’énergie.

Pylônes électriques symbolisant la souveraineté énergétique de la France

La souveraineté, une notion avant tout juridique

Selon Franck Baron, conseiller à l’Assemblée nationale, la souveraineté est « la détention de l’autorité suprême, c’est-à-dire d’un pouvoir absolu (dont tous dépendent) et inconditionné (qui ne dépend pas de qui que ce soit) » (Baron, 2018). C’est la définition juridique de la souveraineté, là d’où vient le principe initialement. Autrement dit, être souverain signifie ne dépendre de personne pour décider.

La souveraineté énergétique appliquée à l’énergie : produire sans dépendre

Pour transposer à l’énergie, la souveraineté énergétique est le fait qu’un État contrôle sa production d’énergie sans dépendre d’un État ou d’un tiers extérieur. Ainsi, la production d’énergie qui assure cette souveraineté n’est pas nécessairement décarbonée ou renouvelable. Un pays qui exploite ses propres gisements de charbon reste souverain, sans pour autant être engagé dans une trajectoire bas-carbone. Cette nuance est essentielle : elle explique pourquoi la souveraineté et l’indépendance énergétique ne se confondent pas avec la décarbonation des usages.

Pourquoi la souveraineté énergétique est-elle un enjeu stratégique pour les États ?

La définition posée, la question devient très concrète : que se passe-t-il lorsqu’un pays ne maîtrise pas ses approvisionnements ? Le cas français illustre parfaitement cette vulnérabilité.

La France consomme cinq fois plus d’énergie qu’elle n’en produit

La France consomme 5 fois plus d’énergie que ce qu’elle produit sur son territoire. Nous sommes donc dépendants des importations en énergie pour le bon fonctionnement de l’économie nationale. Par ailleurs, la majeure partie de ces importations sont celles en énergies fossiles : elles représentent 90 % des importations en énergie si l’on considère que l’uranium n’est pas importé.

Une économie entière dépendante des énergies fossiles

Or, l’ensemble des acteurs économiques sont dépendants aux énergies fossiles, que ce soit pour se chauffer au gaz ou au fioul, déplacer les personnes et les marchandises, ainsi que pour faire fonctionner les usines ou des engins agricoles. De ce fait, la moindre tension sur les marchés mondiaux se répercute sur toute la chaîne économique. Ainsi, avec le déclin des stocks d’énergies fossiles, l’urgence climatique et sur le plan du jeu politique international, la souveraineté énergétique devient un sujet stratégique au cœur de la scène géopolitique internationale (The Shift Project, 2025).

Extraction de minerais nécessaires aux technologies de la transition énergétique

Transition énergétique et souveraineté énergétique : le même objectif ?

Si la dépendance coûte cher, la question suivante s’impose : la transition énergétique constitue-t-elle une réponse à ce problème de souveraineté ? Pour y répondre, il faut d’abord rappeler ce que recouvre précisément la transition.

Sobriété, efficacité, substitution : les trois leviers rappelés par l’ADEME

La transition énergétique, selon l’ADEME, c’est « réduire nos consommations d’énergie par des efforts de sobriété et d’efficacité, ensuite de substituer le recours aux énergies fossiles par des sources d’énergie aux très faibles émissions de gaz à effet de serre telles que les énergies renouvelables » (ADEME, s.d.). La transition énergétique n’est donc pas que substituer un mode de production à un autre. En effet, il y a aussi l’aspect sobriété, donc le fait de consommer moins et plus efficacement.

Deux objectifs qui convergent pour les pays non producteurs

Pour les pays non producteurs d’énergie fossile, la transition énergétique et la souveraineté énergétique peuvent être associées pour atteindre les mêmes objectifs. En France et en Europe, en particulier, la souveraineté et la transition énergétique ont le même objectif : décarboner les usages énergétiques pour s’affranchir de la dépendance en énergie fossile. Ainsi, la souveraineté énergétique devient un argument supplémentaire pour la transition. Car au-delà de décarboner les usages, la dépendance aux pays extracteurs de pétrole peut nous faire défaut.

Quand la géopolitique rappelle le coût de la dépendance énergétique

Cet argument n’a rien de théorique. Les crises récentes ont en effet chiffré, en milliards d’euros, ce que coûte une dépendance énergétique mal maîtrisée.

Guerre en Ukraine : une facture industrielle triplée en deux ans

Nous avons pu le constater avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, où le prix de l’énergie avait atteint des niveaux record. Par exemple, la facture énergétique des entreprises industrielles françaises avait triplé en 2023 par rapport à 2021, passant de 15 milliards d’euros à 45 milliards d’euros (Direction générale des Entreprises, 2023).

Moyen-Orient : 3 milliards d’euros d’hydrocarbures supplémentaires en dix jours

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), nous traversons actuellement « la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de l’histoire ». En effet, les conséquences du conflit au Moyen-Orient se sont fait ressentir rapidement sur le continent européen : en 10 jours, les importations d’hydrocarbures ont coûté 3 milliards d’euros supplémentaires. Ainsi, l’UE rappelle que ce risque est maîtrisé en affirmant que la stratégie la plus efficace pour gagner en autonomie est la transition énergétique.

Des États européens divisés sur le marché du carbone

Développer des solutions alternatives aux hydrocarbures demande cependant des investissements importants. C’est pourquoi les États européens sont divisés, notamment sur le sujet du marché du carbone : l’Italie souhaite le suspendre pour soulager la montée des prix, tandis que l’Espagne refuse de modifier l’instrument pour continuer sur la voie de la décarbonation. Ces désaccords rappellent que les trajectoires nationales restent très inégales d’un pays à l’autre, même à l’intérieur de l’Union Européenne.

Les limites de la souveraineté énergétique par les énergies renouvelables

La transition apparaît donc comme un levier de souveraineté. Toutefois, elle ne fait pas disparaître toute forme de dépendance, et il serait imprudent de l’oublier.

Adopter une transition énergétique en produisant de l’énergie décarbonée avec des énergies renouvelables pose des questions stratégiques également. En effet, les matériaux pour construire ces technologies sont souvent produits dans des États extérieurs : il y a donc un enjeu commercial et de marché international. Il est donc discutable d’affirmer sa souveraineté énergétique dans ces cas-là. Autrement dit, la dépendance change de nature plutôt que de disparaître : elle se déplace des hydrocarbures vers les minerais et métaux de la transition.

La souveraineté énergétique, une boussole pour la transition énergétique ?

Au final, souveraineté énergétique et transition énergétique ne sont pas synonymes : la première décrit un rapport de dépendance, la seconde une trajectoire de décarbonation. Pour un pays comme la France, largement importateur, les deux logiques se rejoignent néanmoins autour d’un même levier : consommer moins d’énergie fossile. Cependant, cette convergence n’est jamais acquise, puisqu’elle dépend des matériaux, des investissements et des arbitrages politiques européens.

Piloter cette transition demande par conséquent des compétences techniques précises, de la mesure des consommations à la conduite de projets de décarbonation. C’est précisément l’objet des cursus de l’ENOV, du Mastère Transition énergétique et digitale des bâtiments aux formations à la transition énergétique destinées aux professionnels en activité.