
À propos de l’auteur
Fransk Salazar
Ingénieur chez Kallpa Énergie Solutions
Élève à l’ENOV en Mastère TED
Aujourd’hui, avec le réchauffement climatique et les canicules régulières de ces dernières années, la climatisation est en pleine explosion, avec des milliards d’appareils dans le monde pour notre confort.
Ce choix est-il vraiment bénéfique ?
La climatisation est peu écologique et représente 5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France, selon l’ADEME.
Vous devez régler votre climatiseur de manière à avoir 5 à 7 °C d’écart, maximum, avec la température extérieure. Il est également interdit de programmer la température en dessous de 26 °C, en vertu de l’article R241-30 du Code de l’énergie et du Décret n° 2007-363 du 19 mars 2007. Toutefois, aucune sanction n’est prévue en cas de manquement à la règle.
En programmant la température à 27 °C au lieu de 22 °C, on divise par deux sa consommation liée à la climatisation, selon l’ADEME.
Un ventilateur consomme 20 fois moins qu’un climatiseur. Il faut donc prioriser l’usage du ventilateur pour limiter son impact environnemental.
Selon le scientifique Jacques Neirynck, la climatisation est une fausse solution à un vrai problème : elle rejette la chaleur à l’extérieur, aggravant les îlots de chaleur urbains, et consomme de l’électricité, souvent non renouvelable, ce qui accentue le changement climatique qu’elle tente de soulager.
Sommaire de l’article :
Climatisation et enjeux climatiques mondiaux
Ainsi Mark Radka chef du service Énergie et climat du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), résumait en juin 2023 le « dilemme » de la climatisation : un choix entre confort et survie. Si elle protège face aux fortes chaleurs, la climatisation reste très nocive pour l’environnement. Sa demande, en forte hausse, devrait tripler d’ici 2050, représentant la consommation énergétique la plus rapide en croissance dans les bâtiments à l’échelle mondiale
Pourtant la demande mondiale en climatisation pourrait doubler d’ici 2040, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE) passant de 2 milliards d’unités, principalement en Chine et aux USA, représentant déjà 10 % de la consommation mondiale d’électricité, à 4 milliards d’unités dues en grande partie à une forte hausse démographique prévue notamment en Inde et en Indonésie.
Donc oui, cette évolution pose de grands défis énergétiques et environnementaux, malgré les bénéfices pour le confort des populations.

Climatisation, un enjeu de santé publique
Malgré ces constats alarmants : un refroidissement durable et abordable peut sauver des dizaines de milliers de vies chaque année
La demande d’énergie pour le refroidissement augmente deux fois plus vite que celle des bâtiments en général. Pourtant, en 2021, seulement 15 % des 3,5 milliards de personnes vivant dans des zones chaudes avaient accès à la climatisation. Ce manque d’accès aggrave les risques de stress thermique, réduisant confort, santé et productivité. Entre 2002 et 2021, les décès liés à la chaleur chez les plus de 65 ans ont augmenté de 61 %, atteignant environ 300 000 morts par an.
La climatisation en France
En 2020, 25 % des foyers français étaient équipés, avec des écarts régionaux (47 % en Méditerranée, 17 % dans le Nord).
Le taux de pénétration de la climatisation est différent selon les types d’habitat : 31 % des maisons individuelles sont équipées contre 20 % pour les appartements.
La climatisation dans le secteur tertiaire
La climatisation au bureau
Dans les bureaux neufs, elle est devenue la norme RE2020, même lorsque les besoins de chaleur sont inférieurs à ceux de fraîcheur.
Selon l’ADEME, les bureaux doivent désormais être rafraîchis dès que la température extérieure dépasse 10 °C à 12 °C.
La climatisation en milieu urbain
La climatisation à Paris
À Paris, la climatisation progresse, bien que la ville reste moins équipée que d’autres grandes métropoles comme New York ou Séville. Si les unités extérieures restent peu visibles, leur nombre augmente. L’Apur (Atelier parisien d’urbanisme) s’attache à documenter ce phénomène, notamment les rejets de chaleur observables par caméra thermique.
Conclusion
La climatisation est à la fois une solution et un problème. Vraie nécessité face aux vagues de chaleur répétitives, elle sauve des vies, surtout dans les populations vulnérables. Mais c’est aussi un faux remède si elle est mal utilisée : elle consomme beaucoup d’énergie, aggrave le réchauffement et crée des îlots de chaleur. Sa généralisation n’est pas durable.
La vraie solution ? Un usage raisonné, des alternatives comme le refroidissement adiabatique en utilisant l’évaporation de l’eau, sans rejeter de chaleur à l’extérieur et en réduisant sa consommation de 10 fois, la ventilation naturelle, ou l’architecture bioclimatique. Donc oui, c’est un vrai besoin, mais un faux bon réflexe si on ne repense pas son usage.
